Le Puy à l’origine des Maristes

« J’ai été le soutien de l’Église naissante, Je le serai aussi à la fin des temps. »

Ces mots prononcés par la Très Sainte Vierge dans la cathédrale du Puy, « ont été, disait Colin en 1848, ce qui nous a servi de fondement et d’encouragement à la fondation de la Société de Marie. Ils nous étaient sans cesse présents. »

Mais, à qui furent adressés ces mots, et dans quelles circonstances ?

L’histoire commence à l’aube de la Révolution, le 15 mai 1787 à Usson-en-Forez, avec la naissance d’un petit garçon, Jean-Claude Courveille. Ses parents, Marguerite Beynieux et Claude Courveille étaient marchands. Ils étaient de fervents catholiques et
pendant toute la période révolutionnaire, ils cachèrent dans leur maison les objets sacrés et notamment une statNotre Dame de Chambriacue de la Sainte Vierge, vénérée dans le village sous le vocable de Notre Dame de Chambriac.
À l’âge de 10 ans le petit garçon fut atteint de la variole dont les lésions cornéennes ne tardèrent pas à le rendre presque aveugle. Mais Jean-Claude était volontaire et pieux. À la mort de son père en 1805, il demanda à entrer au petit séminaire de Verrières-en-Forez. Là, il fit la connaissance de Marcellin Champagnat, qui lui aussi venait de perdre son père et entrait aussi cette même année au séminaire de Verrières.

Jean-Claude continua ensuite ses études de latFourvièrein chez son oncle maternel, Matthieu Beynieux, curé d’Apinac, puis à la Toussaint 1812, il entra au grand séminaire du Puy-en-Velay. Le Concordat ayant rattaché sa paroisse d’origine au diocèse de Lyon, Jean-Claude dut quitter le séminaire du Puy pour rejoindre celui de Saint-Irénée. Le transfert se fit à la rentrée 1813. Jean-Claude Courveille retrouva Marcellin Champagnat, et fit connaissance de Jean-Claude Colin et de Jean-Marie Vianney, admis comme lui au grand séminaire de Lyon.

La compassion de Notre Dame du Puy

À 22 ans, très gêné par sa cécité, Jean-Claude se rendit en pèlerinage à Notre Dame du Puy pVierge noire du Puyour la fête de l’Assomption 1809. L’antique Vierge Noire sculptée par le prophète Jérémie et rapportée par saint Louis des croisades, avait été brûlée par les révolutionnaires, mais plein de foi pour ‘ce lieu choisi entre mil’ par la Vierge Marie afin de ‘donner une audience favorable à ceux qui viendront présenter leurs requêtes’, Courveille prit de l’huile de la lampe placée vers la statue de la Très Sainte Vierge et la mit sur ses yeux, et il retrouva la vue. Il était totalement et définitivement guéri.

La demande de Notre Dame du Puy

I48-200-001L’année suivante J-C. Courveille retourna au sanctuaire du Puy et se consacra à la Très Sainte Vierge, il lui promit ‘d’agir en tout pour sa gloire’. Lors de l’Assomption 1812, alors qu’il renouvelait sa promesse, Jean-Claude entendit ‘non avec les oreilles de la chair, mais avec celles du cœur’ : ‘Voici….. ce que je désire : Comme j’ai toujours imité mon Divin fils en tout, et que je l’ai suivi jusqu’au Calvaire lorsqu’il donnait sa vie pour le salut des hommes, maintenant dans la gloire du ciel, je l’imite dans ce qu’il fait sur la terre pour son Église dont je suis la protectrice. Comme dans le temps où il suscita contre l’hérésie son serviteur Ignace pour fonder une Société qui porterait le nom de la Société de Jésus pour combattre contre l’enfer qui se déchaîne, je veux, et c’est la volonté de mon adorable fils, que dans ces derniers temps d’impiété et d’incrédulité, il y ait aussi une société qui me soit consacrée, qui porte le nom de ‘Société de Marie’ et que ceux qui la composent se nomment Maristes pour combattre l’enfer. »

Jean-Claude ne parla pas tout d’abord de cela, mais il sentait que la Vierge Marie lui reprochait ses hésitations et lui disait d’en parler à son confesseur. J-C. Courveille s’en ouvrit alors au prêtre et dit : ‘je n’ai entendu aucune parole, tout s’est passé dans mon cœur’. Après réflexion, son confesseur lui dit : ‘que la chose lui paraissait bonne et qu’il ne fallait pas la mépriser’. Conforté par cet avis, Courveille se mit à chercher autour de lui ‘des collaborateurs avec qui il pourrait travailler à ce projet.’ Il parla à quelques-uns de ses condisciples (Déclas, Téraillon et Colin) de son projet et ceux-ci répondirent avec enthousiasme : ‘Nous nous déterminâmes à nous prêter à l’exécution d’un projet qui nous ravit à la première ouverture qui nous en fut faite. Nous étions convaincus que la Sainte Vierge en personne avait demandé une société qui lui soit spécifique ‘voici que je désire’ ces mots furent déterminants pour la fondation de la Société de Marie.’

La Société de Marie

Au cours de l’année scolaire 1815-1816, quinze séminaristes adhérèrent au projet. Quatre d’entre eux persévérèrent dans la Société de Marie :
– Declas fut le premier auquel J-C. Courveille s’adressa. C’était un modeste garçon, il resta fidèle toute sa vie à la Société de Marie.
– Étienne Teraillon acquiesça rapidement. Il occupa plus tard des postes de confiance dans la Société naissante.
Marcelin Champagnat– Marcelin Champagnat, originaire de Marlhes, était un jeune homme de 26 ans énergique et courageux. Il avait constaté une urgence pastorale pressante auprès de la jeunesse et était désireux de rejoindre le groupe de Courveille dans la mesure où il pourrait entreprendre une branche de frères enseignants. ‘On en tomba d’accord’ et  le mandat lui fut donné par le groupe en 1816.
–  Le quatrième séminariste était Colin. C’était un élève brillant. Le saint Curé d’Ars qui avait été avec lui au séminaire pendant une brève période, disait : ‘oh, comme il aime la Sainte Vierge’. À son ami Pierre Julien Eymard, Colin avait confié, ‘qu‘épouvanté des périls de la vocation ecclésiastique, il s’encourageait beaucoup par la pensée de la Société de Marie (…) dont le sacerdoce lui ouvrait l’entrée’. C’était pour lui, ‘la perle d’un grand prix, la chose qu’il attendait’, et il ne revint jamais en arrière. Cinquante ans plus tard Colin reconnaissait que même s’il avait eu lui-même l’idée d’un projet marial, Courveille était l’initiateur de la Société de Marie et qu’il en avait donné le nom et le sens.

Dès le début, le groupe de Courveille eut la bénédiction du vicaire général Bochard. Les réunions se tenaient fréquemment à la Croix Rousse à Lyon.Ils s’encourageaient les uns les autres et s’enflammaient de zèle pour la Vierge Marie. Courveille les encourageait à imiter Marie, surtout dans son humilité et les échanges revenaient souvent sur la révélation qu’il avait eue au Puy, et sur le contenu des mots de la Très Sainte Vierge.

Comme les ordinations étaient proches, les membres de la petite société décidèrent de rédiger un formulaire d’engagement que tous signeraient. Douze sur les 15 membres signèrent, dont Courveille, Déclas, Téraillon, Champagnat, et Colin. Ce document marquait leur ferme engagement à se consacrer à fonder dès que possible la pieuse congrégation des Maristes. Courveille donna l’impulsion initiale et joua un rôle majeur dans la composition de ce document.

Courveille et les autres séminaristes reçurent la prêtrise le 22 juillet 1816.
Le 23 juillet 1816, ils posèrent le formulaire sur l’autel et ils prononcèrent publiquement dans la basilique de Fourvière leur promesse de fonder la Société des Maristes. Ce fut Courveille qui célébra la première messe, geste symbolique semblable à celui qui avait marqué la compagnie de Jésus presque 300 ans plus tôt. Ensemble, ils lurent leur vœu.

Après les ordinations, Jean-Claude Courveille fut nommé vicaire à Verrières-en-Forez, et à Rive-de-Gier où il resta jusqu’en 1819. Puis il devint curé à Épercieux jusqu’en 1824. Ce fut là qu’il rédigea ses notes concernant la création d’un tiers-ordre mariste. Le bleu-ciel était sa couleur favorite et il imposa le costume bleu aux Frères.

Courveille acheta avec Champagnat, vicaire à La Valla-en-Gier, une maison sur cette commune, qui allait devenir la première maison des Frères maristes. En tant que supérieur général, il édicta une règle pour les Frères, puis, en 1822, ouvrit une école à Feurs tout en faisant des démarches pour en fonder une autre à Charlieu.

À cette époque, l’archevêque de Lyon, Joseph Fesch, nomma Jean-Paul-Gaston de Pins en 1823 commeL'Hermitage administrateur apostolique. Celui-ci s’inquiéta de l’activisme du supérieur des Maristes
et tenta de modérer son zèle en nommant Champagnat pour diriger la congrégation. Mais, un an plus tard, Champagnat, dont la santé était chancelante, obtint de faire revenir son ami Courveille pour reprendre la tête des Maristes. Courveille se porta alors acquéreur du site de l’Hermitage, près de Saint-Chamond, qui devint la maison mère de la congrégation.

Mais de grosses calomnies accablèrent Courveille et l’obligèrent à donner sa démission. Colin l’exclut de la Société des Maristes. Courveille acheta alors l’abbaye Saint Antoine dans l’Isère et continua sa mission de fondateur mariste. Des problèmes financiers, l’obligèrent à se retirer. Courveille tenta alors une vie d’ermite à Apinac, mais les calomnies le poursuivant, il dut quitter la paroisse. Au printemps 1834, il se rendit au Mans où il fut toujours considéré par l’évêque, Jean-Baptiste Bouvier, comme ‘un prêtre zélé et vertueux’. Là, il entra en relations avec Dom Guéranger, un bénédictin, qui venait de rétablir l’abbaye de Solesmes, en 1833. Le 27 août 1836, il y prit l’habit, et le 21 mars 1838, à l’âge de 51 ans, Dom Courveille fit profession religieuse. Il fut chargé pendant deux années (1838-1840) des frères convers de l’abbaye. Perclus et paralysé des mains à cause de la goutte, il dut abandonner toute charge. En la fête de Notre Dame des 7 Douleurs, Dom Jean-Claude Courveille  mourut le 15 septembre 1866, âgé de 79 ans.

En 1844 Charles Ozanam, Père Mariste, persuada Déclas de relater la naissance de la société Mariste. Dans ce texJ C Colinte Declas confirmait que la Très Sainte Vierge Marie avait inspiré Courveille au sanctuaire du Puy. Deux lettres écrites de la main de Courveille relataient les faits. Elles furent remises à Mayet, l’historien du groupe, puis au Provincial Julien Favre en 1853.  L’approbation de la Société de Marie fut faite par le pape Grégoire XVI en 1836. Vingt prêtres prononcèrent des vœux et élurent comme premier supérieur général Jean-Claude Colin.

 

En ces derniers temps, gardons confiance en la promesse que Notre Dame fit  au sanctuaire du Puy : « J’ai été le soutien de l’Église naissante, Je le serai aussi à la fin des temps. »